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le blog d'un livre (à venir) dans lequel Philippe Boucher raconte ses aventures dans la lutte anti-tabac de 1986 à 2009

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Made in USA

J'ai quitté la France le 5 novembre 1998 en compagnie d'Anne-Gabrielle (7 ans et demi) et d'Arielle (5 ans), abandonnant sur place chez des amis Abigail (16 ans) qui devait rester pour ne pas perdre le bénéfice de ses études et  passer son bac international.
Patricia nous avait précédés en septembre pour chercher un logement et du boulot.
Elle avait trouvé à louer une petite maison mais pas de boulot.
Elle est venue nous chercher à l'aéroport de Seattle et nous avons empilé nos 8 cantines dans la camionnette de sa soeur.
Il faisait nuit. Nous avons pris le ferry qui relie Seattle à Bainbridge Island: 35 minutes plutôt magiques quand il fait beau mais je n'en ai aucun souvenir précis. Je me souviens seulement de la descente d'un chemin pentu, étroit et rocailleux entouré d'arbres qui semblaient très grands.
La petite maison était au bord de l'eau, le long du passage Agate qui sépare l'île de la péninsule de Kitsap. C'est de l'autre côté du passage, sur la droite que le Chef Sealth avait installé son camp avec une vue magnifique sur les montagnes de la chaîne des Cascades et des reflets incroyables sur les eaux.
C'est un des rares endroits avec une plage en sable que j'ai arpentée des heures durant les six mois que nous avons habité cette maison. Une voisine s'était enquis auprès de Patricia de ma santé mentale parce qu'elle me voyait marcher en me parlant à moi-même. Patricia et les filles l'avait rassurée: c'était un comportement normal chez moi et les petites filles d'imiter leur papa soliloquant...
Les deux premiers mois ont été particulièrement difficiles parce que l'on n'avait pas de boulot et pas d'argent. Il a fallu continuer d'emprunter et subsister grâce à la générosité d'amis.
Au début de 1999 j'ai obtenu un contrat de 6 mois avec Globalink, le serveur internet antitabac de l'Union Internationale Contre le Cancer  pour rédiger un  compte rendu  quotidien sur l'actualité et  un cyber-entretien hebdomadaire  avec un(e)  personnalité de la lutte anti-tabac; les deux en anglais.
J'ai appelé ma chronique quotidienne Le plat du jour (Today's special) et l'entretien Rendez-vous.
Si les franco-français ne voulaient plus rien avoir à faire avec moi, le reste du monde ne m'avait pas ostracisé: j'ai donc pu utiliser mon carnet d'adresses bien rempli par mes années de militance internationaliste pour solliciter des entretiens réalisés via email.
Le système était simple: j'envoyais cinq questions par email plus deux questions standard (la première où je demandais à l'invitée de se présenter, la dernière où je lui demandais si elle avait quelque chose à ajouter).
Histoire de dresser un bilan quantifié j'ai regardé combien j'avais réalisé de rendez-vous:
51 en 1999, 33 en 2000, 39 en 2001, 25 en 2002 et 3 en 2003. Total: 153.
Environ un tiers ont été financés par Globalink, un tiers par la Robert Wood Johnson Foundation (quand j'ai travaillé pour eux en 2001 et 2002) et un tiers par moi-même: c'est à dire que j'ai continué à en produire même durant des périodes où je n'étais pas rémunéré à cet effet.
Ceux que cela intéresserait peuvent consulter l'ensemble sur le site
www.tobacco.org/resources/rendezvous/aboutrendezvous.html
La page d'accueil contient une photo prise par Gene Borio (le webmestre de tobacco.org) lors d'une visite, probablement en 1999 ou 2000 car la photo est prise dans la deuxième maison où nous avons vécu à partir de mai 1999, une merveilleuse grange avec une vue splendide sur les montagnes Olympiques.
C'était très rustique mais simplement merveilleux. A cause de la vue sur les montagnes, d'un ensoleillement maximal, d'un potager très productif et de voisins très sympathiques. Les finances ont recommencé à se détériorer en 2000 lorsque je n'ai plus eu aucun contrat et que mon ami Eddy Laurent a fait l'objet d'une garde à vue "musclée" pendant deux jours et demi. Les policiers croyaient sans doute qu'ils parviendraient à l'intimider au point de le faire m'accuser d'avoir touché des dessous de table sur les contrats qu'il avait réalisés lorsqu'il m'avait aidé (magistralement) à redresser la situation (catastrophique) du CNCT en 1991.
Moralement, psychologiquement et financièrement, cette période a été dure.
J'ai bien été invité en août 2000 à travailler comme journaliste free-lance pour la Robert Wood Johnson Foundation durant la conférence mondiale qui se tenait à Chicago mais les 3000 dollars touchés ont vite filé. En novembre 2000, alors que je n'avais plus d'espoir, j'ai reçu un appel téléphonique de la RWJF qui me proposait un contrat d'un an (50.000$) pour produire des entretiens et réaliser une étude sur les sites internet antitabac aux USA.
Début 2001 j'étais donc reparti pour un tour. En fait deux tours car l'année suivante j'ai obtenu un nouveau contrat d'un an pour construire un site-annuaire où seraient répertoriés les sites antitabac et les références des militants basés aux USA.

Le XXX septembre 2002 le cauchemar judicaire a réapparu sous la forme d'une convocation à une audition à Paris avec la juge d'instruction Colette Bismuth-Sauron. J'ai sollicité un report car j'avais prévu d'assister à cette date à la conférence nationale américaine antitabac qui se tenait à San Francisco. La fin de l'année n'a pas été très gaie. La situation a empiré lorsque la RWJF n'a pas donné suite à mes propositions pour 2003 et que je me suis retrouvé à nouveau sans boulot.

J'ai finalement proposé à la juge une audition pour le 26 juin 2003 et j'ai pris mes dispositions pour m'y rendre alors que nous avions recommencé à nous enfoncer dans les ennuis financiers (nous étions tous les deux sans travail!).

Le voyage a été très éprouvant. La consultation chez l'avocat du dossier d'instruction m'a laissé pantois. La police avait renchéri sur le rapport hyperbiaisé des Igassiers et un certain nombre de dépositions étaient surréalistes. Visiblement les policiers avait rêvé de venir m'appréhender aux USA: ils avaient même interrogé Interpol (!) soi-disant pour me localiser, essuyant d'ailleurs un refus alors que je ne me cachais nullement et que j'avais laissé mes coordonnées au Procureur de Versailles qui m'avait communiqué sa décision de classer sans suite la plainte initiale déposée par les Igassiers.
Les gens chargés d'enquêter sur la plainte avec constitution de partie civile du Ministère de la Santé avaient essayé de gonfler les charges au maximum. Ils n'y avaient pas vraiment réussi mais il y en avait quand même des pages et des pages et le travail de déconstruction de tant de médisances allait être ingrat.
Dois-je aborder ici les conditions ubuesques dans lesquelles se trouve une personne accusée?
En théorie, le seul moyen pour une personne mise en cause de consulter le dossier est de se rendre chez son avocat  pour prendre des notes! La moindre photocopie nécessite une autorisation spéciale du juge d'instruction! Si vous respectez ces conditions il vous est extrêmement difficile de vous défendre efficacement car une bonne défense nécessite de passer des heures à compulser les pièces et vous ne pouvez pas ainsi envahir le cabinet de votre avocat (à supposer bien entendu que vous en ayez le loisir).
Habitant à des milliers de kilomètres de Paris, vous imaginez ma situation.
Disons qu'avec l'aide d'Eddy que j'avais retrouvé à Paris, ami toujours génial et fidèle, en compagnie de Michèle et Leila, nous avons improvisé, au grand dam de nos avocats qui n'avaient pas l'air de trop apprécier que nous voulions nous défendre par nous-mêmes, y consacrant les centaines d'heures qu'ils ne pouvaient y passer, d'autant que nous  étions tous les deux fauchés.

Je suis resté en France jusqu'au dix août. Etant à bout je voulais absolument repartir et c'est un ami qui m'a généreusement offert le billet: je devais revenir en septembre mais je n'en ai pas eu l'énergie. Le travail de défense sur le dossier s'est poursuivi -tant bien que mal- via l'internet.

J'écris tant bien que mal parce qu'ayant versé quelques provisions aux avocats (3800 Euros quand même) j'avais atteint les limites de ce que je pouvais payer/emprunter et ils ne l'entendaient pas de cette oreille: en conséquence nos rapports (déjà assez difficiles presque dès le départ) se sont délités. Comment font les gens qui ont pris un avocat alors qu'ils ont encore quelques sous et se retrouvent ensuite totalement fauchés puisqu'ils sont en chômage de longue durée?
Le résultat a été que la juge n'a accepté aucun des compléments d'information que je lui demandais, ni ceux d'Eddy d'ailleurs et sa décision de clore l'instruction n'a pas été contestée par nos avocats.

Cela se passait en novembre 2003. De retour aux USA depuis août j'avais consacré l'essentiel de mon temps à préparer un mémoire en défense  qui venait d'être totalement écarté mais que pouvais-je faire? Chercher du boulot et vite.
En deux ans de recherche je n'ai pas reçu une offre d'entretien! Trop vieux? Trop d'expérience? Pas assez d'expérience? Va savoir. J'avais fait une croix sur l'antitabac et je m'étais tourné vers mes premières (et lointaines) amours professionnelles: la défense de l'environnement. Personne ne voulait d'un vieux briscard, français de surcroît, ni aux USA, ni en Europe.

Si j 'étais un vieux briscard, j'étais aussi fasciné/passionné par les "nouveaux media" et particulièrement les possibilités offertes par la production d'émissions de radio sur internet.
Je n'entre pas dans les détails de la réflexion qui m'avait conduit à me passionner pour la web-radio mais je m'y suis investi à partir de janvier 2004, espérant convaincre des associations de développer de tels programmes.

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June 13, 2005 in Chapitre 12 Made in USA | Permalink | Comments (0)


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