"What use is there for a prosperous economy if it does not improve the life of the lay person"?
Obviously this goal of sharing the productivity gains and profits with the workers is not part of the US capitalism. His obituary in the New York Times mentions his stance in favor of more paid vacation, as does European AutoNews.
Below in French his obituary in the Communist Newpaper, L'Humanité.
Décès de Pierre Dreyfus
L’ancien PDG de la Régie Renault considérait qu’une économie prospère ne sert que si elle améliore le sort des hommes. Il n’avait pas hésité à braver l’Etat sur des dossiers sociaux. Sa présidence, de 1955 à 1975, a été également marquée par de grandes luttes ouvrières.
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PIERRE DREYFUS, ancien président de la Régie Renault de 1955 à 1975 et ministre de l’Industrie du deuxième gouvernement de Pierre Mauroy de juin 1981 à juin 1982, est décédé dimanche soir à son domicile parisien à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Né le 18 novembre 1907 à Paris, il avait ensuite retrouvé des fonctions de conseiller auprès du président de la République, puis au conseil de surveillance de Roussel-UCLAF, avant de se retirer de la vie publique.
Docteur en droit, il commence sa carrière en 1935 comme conseiller technique au ministère de l’Industrie. Engagé dans la Résistance pendant l’Occupation, il est nommé à la Libération inspecteur général de la Production industrielle. Directeur de cabinet du ministre de l’Industrie et du Commerce Robert Lacoste de novembre 1947 à octobre 1949, il devient en 1950 président des Houillères du Bassin de Lorraine. Président de la Commission de l’énergie au Plan en 1951, puis directeur de cabinet du ministre de l’Industrie et du Commerce M. Bourgès-Maunoury en 1954, Pierre Dreyfus accepte en mars 1955 les fonctions de PDG de Renault, à la suite de la mort accidentelle de Pierre Lefaucheux. Siégeant depuis 1947 au conseil d’administration de la Régie, il en a occupé le poste de vice-président à partir de 1948.
Proustien d’allure et « socialiste s’il faut choisir une étiquette » (« Nouvel Observateur » - novembre 1979), Pierre Dreyfus a passé vingt ans de sa vie à la tête de la Régie Renault de 1955 à 1975, dont il aimait à dire que c’était « le plus grand théâtre social de France ». Dans son livre « la Liberté de réussir » (1), il livrait sa conception de patron d’une entreprise nationalisée. Ainsi, écrivait-il, Renault doit « enrichir la nation » et « faire progresser la condition des travailleurs. Ces deux objectifs sont indissociables d’une même réalité ». A quoi, s’interrogeait-il, « servirait une économie prospère si elle n’améliorait pas le sort des hommes ? »
La direction de Renault a salué hier la mémoire de l’homme qui a conduit le développement de l’entreprise « pendant vingt années qui ont fortement marqué son histoire, entre 1955 et 1975 ». Dans un communiqué, le PDG actuel, Louis Schweitzer, et la direction générale rappellent que c’est sous la présidence de Pierre Dreyfus que Renault concevra et commercialisera des modèles qui « comptent parmi les plus grands succès de l’industrie automobile européenne ». Il en sera ainsi de la Renault 4, lancée en 1961 (8 millions d’exemplaires), de la R12, commercialisée en 1969 et toujours assemblée en Turquie et en Argentine, et la R5 (5 millions d’exemplaires), la voiture la plus vendue d’Europe dans les années quatre-vingt avant d’être remplacée par la SuperCinq qui poursuit sa carrière. C’est aussi durant cette période que les luttes des travailleurs de Renault ont permis des conquêtes sociales importantes comme la troisième semaine (1955) puis la quatrième semaine de congés payés (1962). Des acquis arrachés au prix de luttes très dures comme celles des OS dans les années soixante-dix, qui furent aussi marquées par les événements de Mai 1968.
Hommage du syndicaliste CGT Aimé Albeher à Pierre Dreyfus, publié en juin 1995
LA Régie Renault a rendu hommage, hier, en donnant son nom à l’une des salles de son siège social, à son ancien PDG, Pierre Dreyfus, qui fut ministre de l’Industrie en 1981. La cérémonie a débuté à 15 heures, en présence de la famille du disparu, de Louis Schweitzer, actuel PDG, ainsi que de nombreux cadres, PDG et membres du personnel. Après MM. Schweitzer et Palliez, Aimé Albeher, qui fut longtemps secrétaire du syndicat CGT de l’entreprise, a été invité à prendre la parole.
L’ancien syndicaliste a d’abord déclaré : « Loin de moi l’idée de dresser un tableau idyllique de cette période. Vous savez tous qu’elle a été marquée par de dures épreuves politiques, de nombreux conflits sociaux opposant les salariés ou une partie d’entre eux à la direction ou au gouvernement sur les salaires, les conditions de travail, la retraite, l’emploi ou même les droits syndicaux. Mais ce qui fait sa beauté, c’est ce qui a toujours dérouté les observateurs extérieurs : c’est-à-dire cette sorte de complicité naturelle entre le personnel et son PDG pour garder, en toutes circonstances, le cap du navire dans sa bonne direction. Pierre Dreyfus a voulu, dès son entrée à la Régie, faire la preuve que l’on pouvait, avec le statut et la mission confiés à l’entreprise, conjuguer l’intérêt de l’entreprise avec celui du personnel et celui de la nation. Ce qui explique que chaque succès obtenu dans cette voie, qu’il soit de nature sociale, économique, commerciale ou technologique, qu’il ait été souhaité en commun ou subi, momentanément, par l’une ou l’autre partie, constituait au bout du compte, le bien commun et la fierté de tous. »
Aimé Albeher a poursuivi : « Pierre Dreyfus considérait que, derrière les murs des usines, les machines, les bilans économiques, les ratios financiers, il y a des hommes et des femmes. Il estimait qu’ils avaient non seulement droit au respect, mais qu’ils constituaient le seul capital dont dépend l’élévation des richesses totales créées par l’entreprise. (…) La contribution de la Régie Renault aux emplois industriels, dans l’ouest, puis dans le nord de la France, son rôle dans le développement et le soutien à l’industrie du moteur, du matériel agricole, des équipements machines-outils, du poids lourd, ont positivement marqué l’opinion publique et ont aidé souvent le PDG à défendre une certaine conception de l’entreprise et de sa citoyenneté. (…) Mais cette conception exigeait que l’actionnaire public, l’Etat, joue son rôle, et, avec lui, les banques. Pierre Dreyfus se battait et gagnait les autorités politiques à cette idée. Il n’allait pas quémander je ne sais quel privilège fiscal, mais la juste contribution des uns et des autres à l’élévation de l’emploi et des richesses nationales. Ces succès sociaux et économiques impressionnants auraient-ils été possibles avec une direction pratiquant le suivisme dans la gestion privée, et sous l’obsession permanente de la réduction des coûts du travail, sans voir qu’il y a d’autres coûts à réduire et des marges de jeu à conquérir ? Je ne le crois pas ! »
L’ancien secrétaire de la CGT a ajouté : « Pierre Dreyfus avait une conception juste de l’activité internationale : elle devait être positive pour la balance de l’emploi en France. Elle devait soutenir les efforts politiques d’aide et de rayonnement de la France. (…) La plupart de ces succès a, là encore, servi la collectivité nationale en faisant bouger la législation et les conventions collectives. Ce fut le cas de la troisième et quatrième semaine de congés payés, des retraites complémentaires, des congés spéciaux, de la généralisation de la prime et des congés d’ancienneté aux ouvriers et employés, des systèmes de garantie contre la maladie, le chômage partiel, les déclassements, la reconnaissance des qualifications dans une grille de salaire remplaçant le salaire par poste, les droits syndicaux. (…) En déclarant publiquement qu’il souhaitait de fortes et influentes organisations syndicales, responsables et indépendantes de l’Etat, du patronat et des partis politiques, il s’inscrivait dans une large inspiration populaire, mais faisait grincer des dents nombre de responsables politiques et patronaux… » Se tournant vers Mme Dreyfus, Aimé Albeher a conclu : « Madame, lorsque votre époux a accédé, en 1981, aux responsabilités ministérielles, beaucoup de salariés ont souhaité qu’il puisse avoir les moyens et le soutien politique pour transmettre aux PDG des nouvelles nationalisations son expérience et ses valeurs. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. »
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